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Le stress de combat et ses conséquences sur la
santé mentale des anciens combattants et leur famille



Comité permanent des anciens combattants
 
Le stress de combat et ses conséquences sur la
santé mentale des anciens combattants et leur famille
 
2 décembre 2010
 
 
Présenté par :
 
S.é.-m. Murray Brown
GRC - Division H
Représentant des relations fonctionnelles
C.P. 2286
3139, rue Oxford
Halifax NS  B3J 3E1
 
Tél. :  902-426-7759
Cell. :  902-497-5808
  Téléc. : 902-426-0954
Courriel :  murray.brown@rcmp-grc.gc.ca
      
 

Bonjour Monsieur le Président, honorables membres du Comité et chers invités. Je m’appelle Murray Brown et je suis sergent d’état-major chevronné dans ma 37e année de service au sein de la GRC. Dans le cadre de mes fonctions, j’ai été appelé à me déplacer pratiquement dans tout le pays, mais mes principales affectations provinciales se sont déroulées en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, c’est-à-dire dans les divisions H et L. Mon travail au service des Canadiens a débuté là où la plupart des membres de la GRC entament leur carrière, à titre d’agent du maintien de l’ordre en uniforme au niveau du détachement. Plus tard, ces fonctions ont englobé la lutte anti-drogue, les activités d’infiltration et de couverture, la sensibilisation aux drogues dans les deux provinces en vertu du mandat de la Stratégie nationale antidrogue du gouvernement fédéral, les renseignements criminels dans le monde du crime organisé avec une spécialité dans les bandes de motards criminalisées. Durant ces années de service, j’ai également été membre bénévole de l’équipe des armes tactiques dans les interventions en cas d’urgence, et j’ai œuvré en qualité de tireur d’élite et comme membre d’une équipe d’assaut. Collectivement, ces fonctions m’ont amené à vivre des expériences ayant un impact sur la vie et à subir des blessures.
 
Mes fonctions actuelles à titre de représentant des relations fonctionnelles (RRF) portent sur le bien-être et la sécurité de nos membres. J’ai assumé de nombreuses responsabilités dans le cadre du programme des représentants des relations fonctionnelles, qui est notre régime du travail non syndicalisé, pour lesquelles j’ai été élu de façon continue par les membres de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard pendant plus de seize ans. Avec mon partenaire RRF, je représente plus de neuf cents membres de la GRC dans ma division de la Nouvelle-Écosse, et des milliers d’autres à l’échelle nationale en ma qualité de membre du caucus au sein de notre comité de la santé et de la sécurité au travail. J’assume ce rôle
depuis de nombreuses années et je compte continuer à l’assumer jusqu’à ma retraite à titre de défenseur des membres, de leurs conjoints et de leurs familles, qui continuent de donner sans rien recevoir en retour.
 

Le temps que j’ai le privilège de passer avec vous aujourd’hui, on m’a demandé de vous parler du problème du suicide chez nos membres, et des répercussions sur la santé mentale ainsi que des problèmes connexes auxquels sont aux prises les membres de la GRC en service ou retraités et dont j’ai été témoin. Étant donné que je ne suis pas (encore) membre de l’Association des anciens de la GRC, je ne m’exprimerai pas officiellement en leur nom. Cependant, je suis membre de la GRC, et sur notre « famille » pèsent quelques secrets et, collectivement, ceux qui sont encore en service et ceux qui ne le sont plus essaient de s’entraider.
 
Au début de la semaine, avant même de savoir que j’allais vous adresser la parole aujourd’hui, j’ai écrit à un certain nombre d’entre vous au nom de nos membres. Ainsi, nous avons maintenant deux occasions supplémentaires de vous sensibiliser à notre réalité – et nous vous en sommes extrêmement reconnaissants. 
 
Je suis venu ici pour vous dire que je travaille pour une organisation qui ignore à peu près tout des préjudices découlant du stress professionnel, et qui fait moins que le nécessaire dans ce domaine. Nos anciens profitent des services d’Anciens Combattants Canada (ACC) depuis 1947-1948 (soit depuis à peu près 64 ans), mais cette organisation sait peu de choses sur les membres de la GRC en service et retraités. La GRC et ACC devraient tous deux avoir honte. Nous sommes des « cousins » éloignés de nos frères et sœurs des Forces armées canadiennes. Ceci étant dit, nous avons vraiment confiance les uns en les autres. Nous travaillons conjointement en diverses qualités, tant au pays qu’à l’étranger. Nous soutenons leur appel à la justice comme ils le font pour nous. Ce manque de compréhension de la part d’ACC était si manifeste qu’il y a plusieurs années nous avons créé conjointement deux postes pour réaliser des économies au chapitre de la formation et des opérations. Un inspecteur (expérimenté) de la GRC a été affecté à ACC tandis qu’un excellent gestionnaire chevronné d’ACC est venu se joindre à nous. Cette mesure a été fructueuse au début, mais tout est maintenant pratiquement au point mort. Notre poste d’expérience et d’intervention sur le terrain a été remplacé par un poste civil en dehors d’Ottawa – en l’occurrence à l’Île-du-Prince-Édouard. ACC n’a pas remplacé ce poste-là! Nous avons raté l’occasion de maintenir un lien qui pouvait véritablement faire changer le cours des choses.
 
Actuellement, il existe des programmes qui relèvent des anciens combattants et auxquels la GRC n’a pas accès, et je dois demander : pourquoi? Deux de ces programmes sont le Programme pour l’autonomie des anciens combattants et le Programme des soins prolongés (PAAC/PSP) ainsi que le programme des entrevues de transition. Nombreux sont les politiciens, les organisations d’anciens combattants et les associations de partout au Canada qui appuient la mise en œuvre de ces programmes, mais qui ne peuvent expliquer leur manque d’efficacité. Autour de 1988 lorsque ACC a abandonné le Règlement sur le traitement des anciens combattants, la GRC en a tiré parti, bien que de façon minime. Puis, ACC a adopté le Règlement sur les soins de santé pour anciens combattants et, bien que la Gendarmerie soit l’un des clients d’ACC, elle n’est même pas mentionnée dans ce règlement.
Nous nous sommes adressés aux deux chambres (le Sénat et le Parlement) et, au fil des années, nous avons parlé à bon nombre de leurs membres. Nous avons obtenu des lettres de soutien formidables, mais cela n’a toujours rien changé. Les anciens ministres de la Sécurité publique et d’autres politiciens, au pouvoir ou non, ont aidé la GRC à obtenir cette attention; cependant, il ne s’est rien passé jusqu’à présent et rien ne se profile à l’horizon. Vous avez peut-être maintenant un avant-goût de notre frustration de « parent pauvre ».
 
Nos amis des Forces canadiennes combattent actuellement à l’étranger, et le prix à payer pour les Canadiens est élevé. Comme eux, nous sommes éplorés d’avoir récemment perdu des nôtres à l’étranger, mais ce ne sont pas les premiers que nous perdons. Nos membres et leurs familles sont principalement déployés ici au Canada, et dans les diverses collectivités où nous vivons, travaillons et faisons du bénévolat. Notre zone de combat est chez nous, et le nombre des blessés, des malades et des mourants grossit en silence. Deux de nos victimes les plus récentes ont péri dans un accident de la route, et un jeune père de famille a disparu sur une rivière du Nord pendant près de trois semaines avant que nous le ramenions finalement chez lui. Par bonheur, nous l’avons retrouvé.
 
Il n’est pas rare que nos membres travaillent seuls dans des détachements de deux ou trois personnes auxquels on ne peut souvent pas accéder pendant des jours, en raison de nombreux facteurs. Nous gardons nos morts dans un garage de poste jusqu’à ce que nous puissions les ramener chez eux dans des collectivités éloignées. Je ne vous raconte pas ces faits pour vous attrister ou pour susciter votre sympathie, mais pour demander humblement pourquoi pas les membres de la GRC? Pourquoi pas nous? Pourquoi les employés retraités les plus âgés ne peuvent-ils pas rester chez eux le plus longtemps possible et y recevoir les soins dont ils ont besoin?   
 
Nos pertes remontent aussi loin que l’histoire de notre pays. La GRC est maintenant présente dans plus de collectivités canadiennes, et déploie le drapeau canadien plus fièrement que toute autre entité du gouvernement. Mais alors nous continuons à manifester notre fierté, nous sommes le seul organisme gouvernemental qui n’offre pas de soins à domicile aux employés ayant une invalidité confirmée. Comment cela est-il possible? De surcroît, comment peut-on laisser perdurer cette situation? Avons-nous perdu le sens de la portée des services rendus par la GRC au Canada, pour le Canada? 
 
Pourquoi un employé retraité de la GRC ne peut-il pas avoir accès à un hôpital des Anciens combattants ou à un lit du Ministère? Les retraités ont servi non seulement au pays, mais également dans des pays en guerre à titre de prévôt et dans d’autres fonctions. Actuellement, nous sommes déployés dans de nombreux pays aux côtés des Forces canadiennes.
 
Maintenant, si mon temps n’est pas terminé, il le sera bientôt. Il me fallait impérativement vous faire part de ces points au nom des membres de la GRC en service et retraités qui ne peuvent être ici aujourd’hui avec nous. Durant la période de questions, vous pourrez m’interroger sur les sujets de votre choix – en gardant à l’esprit que je suis peut-être un jeune homme d’une petite colonie de la côte Est, mais que mes points de vue ont une portée universelle.
Les programmes et les services que vous devez connaître comprennent notamment ce qui suit :
 
1.    Identité (qui sommes-nous?)
 
2.     Reconnaissance (qu’est-ce que nous représentons?)
 
3.     Lacunes en matière de services (dépliants-exposés)
 
4.     Programme pour l’autonomie des anciens combattants et Programme des soins
 prolongés (PAAC/PSP)
 
5.     Entrevues de transition
        
6.     Postes de liaison
 
7.     Peur de s’auto-identifier
 
 8.     Protection de la vie privée (ACC communique les réclamations ayant obtenu gain de cause directement à la GRC)
 
9.     Profils examinés – incidence sur les carrières
 
10.  Travailler alors qu’on est malade ou être en congé de maladie
 
11.  Ressources nécessaires (professionnelles)
 
 12.  Ombudsman (la GRC n’a pas été invitée - J'ai fait un exposé. Ils ne voulaient que le document, non pas reconnaître la situation)
 
13.  Collecte de données (à l’interne)
 
14.  Financement réservé (auquel on ne touche pas)
 
15.  Statistiques sur les suicides (examen post mortem) (Paul Smith) 
 
16.  Blessures de stress opérationnel (BSO)
 
17.  Manque de rapports
 
Pour conclure, j’aimerais formuler quelques recommandations pour améliorer les services offerts aux membres de la GRC en service ou retraités :
 
 1. Que le PAAC/PSP devienne une priorité immédiate du gouvernement et que l’on adopte des lois pertinentes ou que l’on modifie les lois en vigueur pour permettre aux membres handicapés de la GRC de recevoir, au besoin, des soins à domicile.
 
2. Que l’on fournisse une orientation aux cadres de direction d’Anciens Combattants Canada et de la GRC pour la mise en œuvre immédiate du Programme des entrevues de transition d’un océan à l’autre.
 
 3. Que ce comité exerce tous les pouvoirs qui lui ont été conférés pour que les postes de liaison entre la GRC et ACC soient rétablis comme cela avait été envisagé au départ.
 
 4. Que les documents de communication et de sensibilisation fassent état du rôle de la GRC à titre de client d’ACC, et que ces documents soient facilement accessibles à tous les bureaux d’ACC de l’ensemble du Canada.
 5. Que la GRC mette en œuvre sans délai un programme complet pour faire face à l’augmentation des maladies et des cas de suicide causés par le stress professionnel.
 
 6. Que l’on ordonne aux cadres de direction de la GRC de séparer les dépenses nécessaires de soins de santé des allocations budgétaires générales du gouvernement et qu’elles soient réservées pour empêcher que les fonds ne soient utilisés à des fins non médicales.
 
 7. Que les niveaux des ressources pour la prestation de soins de santé, tant à ACC qu’à la GRC, soient majorés afin de répondre aux exigences de l’environnement d’aujourd’hui.
 
 8. Que l’on procède à un examen des politiques actuelles au sein d’ACC qui restreignent ou empêchent un membre retraité de la GRC qui en a besoin d’avoir accès à un lit d’hôpital d’ACC ou à un lit désigné d’ACC dans le secteur privé.
 
 9. Que le poste d’ombudsman à ACC soit examiné afin d’élargir le mandat de prestation de services au personnel de la GRC dans le besoin.
 

Au nom des membres de la GRC en service ou retraités, je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de prendre la parole aujourd’hui.
   
 
 
Murray Brown, S.é.-m.
Programme des représentants des relations fonctionnelles
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